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Comment apprivoiser le vertige en montagne Par Anne Burkhardt
Avec le retour des beaux jours et de la chaleur, l’appel de la montagne se fait sentir. Alors que la plupart des gens se contentent de migrer vers les terrasses des buvettes d’alpage, les plus motivés empruntent les chemins de randonnée. Au détours d’un bois peut surgir à l’improviste un sentier exposé au vide ou un passage plus escarpé. Si pour certains cela ne représente pas un obstacle, mais au contraire attise leur curiosité et leur envie d’exploration, pour d’autres en revanche, cela s’avère infranchissable. Ces derniers perçoivent un danger à continuer sur ce chemin. Si le danger peut être réel, et le signal d’alarme utile à la survie, le danger peut aussi être beaucoup moins imminent qu’il n’y paraît. Dans ce dernier cas, la peur du vide est surtout due au mental qui s’emballe par anticipation. Cette peur peut provenir d’une mauvaise expérience vécue ou rapportée en montagne, ou d’un manque d’assurance remontant à l’enfance. Lorsque Nadia* se retrouve sur un chemin escarpé, non seulement son pas est hésitant, mais elle s’inquiète de la dangerosité que pourrait prendre le chemin invisible à l’avance, au lieu d’assurer son pas dans le moment présent. Le moment présent, voilà un antidote puissant pour lutter contre le vertige et le manque d’assurance en montagne. En ce concentrant sur ce qui se passe maintenant, on court-circuite les films que se projette le mental, et on est plus attentif à mieux positionner son pied. Respirer lentement pour se détendre, et analyser s’il y a un danger immédiat à faire un pas de plus sont aussi des alliés dans cette situation.
Si se confronter directement à sa peur du vide est nécessaire pour aborder les chemins difficiles, on peut néanmoins s’y préparer. Catherine Chatelain, accompagnatrice en moyenne montagne, est fréquemment confrontée à des clients ayant le vertige. Elle organise des stages pour leur permettre d’acquérir une plus grande confiance en montagne. Le stage « Equilibre et confiance » du 2 juin 2011 débute par des notions théoriques et un échange d’expériences entre les participants, apportant des clés pour comprendre et faire face au vertige. Puis le groupe se rend dans une forêt du Salève pour réaliser une série d’exercices visant à prendre conscience de son corps et à mieux respirer. On tente de diminuer sa dépendance à la vue par rapport au toucher en découvrant, dans la bonne humeur, la forêt les yeux bandés. En effet, le vertige est souvent du à une différence de perception entre les yeux qui voient loin devant, et les pieds qui sentent le sol proche. Enfin l’escalade de modestes rochers à l’aide des mains permet à chacun d’exercer son équilibre. La dernière partie du stage mène le groupe sur un chemin assez raide tout d’abord qui requiert concentration et aide des mains, puis sur un chemin plat à flanc de falaise qui nécessite détente, confiance et encouragements des autres participants. Alice* s’étonne de se sentir assez en sécurité sur ce chemin vertigineux, elle qui appréhendait ce passage suite à la crainte que lui avait inspirée de loin cette falaise lors d’une précédente randonnée. Elle évite de regarder en direction du vide, se concentre sur ses pas et arrive même à apprécier la beauté des falaises au bout d’un moment. Damien*, qui avoue avoir rarement le vertige en montagne, encourage les autres et respecte leur difficulté en leur laissant le temps de faire leurs propres expériences. De retour sur un chemin facile au milieu des prairies en fleur, chacun médite sur ce qu’il vient de vivre. A l’heure du bilan final, Nadia, encore sous le coup de l’émotion, reconnaît avoir eu besoin de puiser profondément dans ses ressources pour relever ce défi, et exprime sa gratitude aux autres participants pour leur soutien dans l’épreuve. Alice n’en revient toujours pas d’avoir réussi à faire taire son mental inquiet, et cela la remplit de joie. Lors de leur prochaine randonnée en montagne, les participants de ce stage aborderont probablement avec plus de sérénité un passage difficile, riches de l’expérience positive d’avoir réussi à franchir l’épreuve auparavant.
* prénoms d’emprunt |